CCC 2016: retour sur une longue journée

CCC2016

 

Tout d’abord avant de commencé je voulais m’excuser pour ce retard de publication. Et oui, il m’a fallu digéré cet « échec ». Maintenant que « le deuil » de ma CCC est terminé, je vous emmène à bord de ma CCC 2016.

4 lettres. 4 lettres qui reviennent sans cesse dans bon nombre de tête de traileurs. Bon d’accord en l’occurrence pour moi c’était 3. Je parle de l’UTMB et sa CCC.

Revenons un peu en arrière. J’ai commencé à courir on va dire en 2012. Et les images qui ont créés cette douce envie furent celles de l’UTMB. Voir ces coureurs tourner autour du Mont Blanc fût l’élément déclencheur.

Mais ne voulant pas griller les étapes je me suis intéressé de plus près à la CCC. Une course qui me faisait rêver.

Nous sommes en décembre 2015 cette fois-ci. Je suis en train de plancher sur mon planning trail 2016 et je me dis que c’est enfin le bon moment. Alors Vamos pour la CCC et ces 101km pour 6100m de dénivelé positif, ses passages en Italie, en Suisse pour arriver en France. Une course faite sur les 100 dernières bornes de l’UTMB on peut dire. Avec certains passages mythiques.

Une prépa axée sur cet objectif. Elle fût bonne mais aurait pu être meilleur dans la dernière grosse ligne droite. Un déménagement précipité qui va anéantir une semaine d’entrainement début juillet avant de partir dans les Pyrénées pour 2 semaines à l’origine. Un séjour qui malheureusement sera écourté d’une semaine pour cause personnelle. Mais à ce moment-là l’entrainement ne sera que secondaire.

Nous sommes le mercredi précédent la course. Et c’est en famille que nous décidons d’aller faire vérifier mon matériel obligatoire afin de récupérer mon dossard.

Sur place, dans la file d’attente je retrouve Régis Durand du Team Isostar avec qui je passerais le temps d’attente. Je croiserais également la route de Cyrille Quintard venu couvrir l’événement et photographier les courses.

  

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1h et des brouettes plus tard, je ressors enfin avec le fameux sésame. Et nous rentrons à la maison.

   

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Le lendemain après-midi mon père arrive et nous bouclons les ravitos.

Le soir je ne m’attarde pas et réquisitionne la chambre de mon fils pour passer la nuit tranquille. Et pour une fois je trouve le sommeil.

Le réveil sonne. Bizarre je ne reconnais pas ma sonnerie… Normal, il s’agit de la montre de mon fils. Il est 23h30. Je peste et descend du lit pour l’éteindre. Après 5’ de recherche je la trouve et peux enfin me recoucher.

Après avoir tourné en rond pendant 1 heure ou 2 je retrouve le sommeil.

Le réveil sonne. J’ai l’impression d’être dans un cauchemar. Ce n’est, une nouvelle fois, pas le miens… Il est 2h du mat’. Je redescends avant de me rendre compte qu’il s’agit une nouvelle fois de sa montre. Timéo doit être un fétichiste des réveils. Note pour plus tard : pensé à l’emmener voir le psy pour éclaircir l’histoire.

Ensuite, impossible de retrouver le sommeil.

4h20 : Tout le monde est debout. On charge la chariote et nous voilà parti, direction Chamonix.

7h00 : 2 heures après être parti nous arrivons à l’arrêt de ma navette. Celle qui me conduira à Courmayeur. Le temps de dire au revoir à mon père et à Timéo, me voilà parti avec d’autres compagnons d’aventures.

   

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Première étape et pas des moindres, passer le tunnel du Mont Blanc. Il est 8h30 et nous ne sommes toujours passés.

8h55 : J’arrive à Courmayeur. Je sors du bus et file au petit trot en direction de la ligne de départ. Départ qui doit être donné dans moins de 5’…

Les coureurs devant moi se voient gentiment refusé l’accès et sont dirigés vers les extérieurs et accéder au peloton par l’arrière.

Pour moi, j’ai l’impression que l’on me déroule le tapis rouge. Ayant accès au sas « Elite » je peux passer par l’avant et ainsi dire bonjour à quelques copains dont Ludo (dit The Voice of UTMB).

J’arrive pile pour la Marseillaise. Désolé pour mes amis Suisses d’être arrivé en retard pour leur hymne. Vient ensuite l’hymne italien.

Les 5 dernières minutes avant le départ sont pleines d’émotions. Certains ont les larmes aux yeux et d’autres ne se cachent pas pour en verser une. Perso, il ne m’en fallait pas plus. Entre l’hommage pour les victimes italiennes du séisme qui les a frappé, toutes les pensées qui me passent par la tête et le plaisir d’être là depuis le temps…

   

   

Ludo lance le décompte en italien…

9h00 : Putain ça y est, je suis en train de courir sur le parcours de la CCC. Les premiers kilomètres sont goudronnés et sur une partie montante. Ça part vite mais pas autant que je l’aurais pensé.

   

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Régis Durand est à côté de moi et nous nous saluons. Egalement présent à côté de moi Sébastien Nain de chez Vibram, Cyril Cointre de chez WAA, Michel Lanne juste devant de chez Salomon. Ensuite pour le reste personne ne parle français.

Puis rapidement nous trouvons le premier sentier. Et là je retrouve Arnaud Brémont. Nous nous étions rencontré sur l’Ultra des Coursières où lui l’avait remporté. Egalement Florian Racinet de chez XBionic. D’ailleurs tous les trois nous feront un bon bout de route ensemble, ou du moins pas loin les uns des autres.

    

    

La température monte petit à petit et je préfère resté prudent. Du coup je reste sur la réserve car la chaleur annoncée pour la fin de course risque de faire de gros dégâts. Je laisse donc partir petit à petit dans l’ascension de la Tête de la Tronche. Environ 10km et 1500m+.

La montée se fait sur un single principalement et nous nous retrouvons rapidement à découvert, sous le soleil. La file de coureur serpente et il est pratiquement impossible de doubler sans emmerder tout le monde. Mais certains oseront quand même. Entre un qui marche sur un de mes bâtons et qui manque de me le casser et un autre qui marchera sur le talon d’une de mes chaussures (il a fallu d’ailleurs que je m’arrête pour la remettre mon pied étant sorti…) j’ai bien cru que j’allais faire une distribution de pain mais pas à la manière du Christ. J’avais beau dire qu’il n’y avait pas que le soleil qui faisait saigner du nez mais l’espagnol derrière moi ne comprenait rien tout comme je ne comprenais rien de ce qu’il me disait.

La suite de l’ascension se fera plus calmement car le peloton commence enfin à s’étirer. Par moment j’ai l’impression que certains sont parti pour un kilomètre vertical tant ils respirent fort. J’ai beau regardé leur dossard, mais non, ils sont bien sur la CCC.

10h38 : Je passe au sommet de la Tête de la Tronche. Je suis alors 53ème. Pour le moment tout va bien. Je fais une course d’attente.

   

   

La descente sera à l’image de la montée. J’essaye de garder des jambes pour la fin de course qui devrait être rude.

11h00 : Après 700 mètres de D- j’arrive au Refuge Bertone en 40ème position.

La suite jusqu’au Refuge Bonatti représente un peu plus de 7km et 290m+. Un sentier où il faut souvent relancer mais où l’on peut admirer des paysages absolument grandioses. Nous sommes tout le long à 2000 mètres d’altitude et malgré tout la chaleur commence à monter encore un peu.

   

    

11h50 : Passage rapide au refuge Bonatti à la 45ème place. Je suis mon plan de course. Pour moi la course ne doit réellement commencé qu’après la Fouly.

   

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12h20 : Après une descente parfois raide j’arrive à Arnuva. 27km et 1850m+ au compteur. Je suis 43ème. Je prends le temps de remplir mes bidons. Je croise la route d’Arnaud et de Florian. Et là je commets une petite erreur. Je pars et après 300m je m’aperçois que j’en ai oublié de prendre des bananes au ravito. J’hésite à faire demi-tour et me résigne.

   

 

   

Je commence l’ascension du Grand col Ferret et dès le départ je sens que quelque chose cloche. Mes jambes me brulent dès que les pourcentages deviennent plus conséquents. Puis petit à petit mon cœur s’emballe. Il monte très haut dans les tours en très peu de temps. S’il pouvait monter comme cela lors de certains entraînements je serais bien content, mais là il y a un gros problème.

   

   

Je décide même de m’arrêter 2’ et malgré cela mon cœur joue au yoyo. Je reprends mon chemin tant bien que mal et cette fois ce sont mes yeux qui me jouent des tours. J’ai l’impression qu’ils sont de plus en plus lourds et que je vais m’endormir. Je m’alimente pensant qu’il s’agit d’une petite hypo mais j’ai du mal à m’alimenter.

   

    

13h30 : J’arrive au prix d’un effort démesuré au sommet du Grand Col Ferret situé à 2527 mètres d’altitude. Environ 4km pour 750m+ depuis Arnuva. Je n’ai plus d’électricité ni de gaz qui arrive au niveau du cerveau. Juste derrière moi arrive Romuald Depaepe du Team Adidas. Au sommet je retrouve à nouveau Arnaud Brémont. Nous sommes à peu de choses près dans le même état.

Je fais un rapide état des lieux avec une infirmière. Pour elle je fait un petit coup de chaud. C’est bizarre mais cela ne m’étonne pas du tout. J’ai l’impression d’avoir mis la tête dans le four de la maison thermostat 7.

Je bascule tout de même dans la descente, même si je songe bien abandonné, en ayant rétrogradé à la 64ème place… De toute façon pas possible d’abandonner ici.

J’ai les jambes raides comme une bonne trique et le début de la descente et un calvaire. Malgré tout j’essaye de m’alimenter correctement mais le solide a du mal à passer. Je pense de plus en plus à abandonner. Mais une voie dans un petit coin de ma tête me dit d’attendre au moins jusqu’à la Fouly. Que je n’ai pas le droit d’abandonner comme cela. J’ai eu la chance d’être prioritaire pour avoir un dossard. Certains ont étés obligés de passer par les tirages aux sorts et beaucoup n’ont pas eu la chance d’être sur la ligne de départ. Alors passons le temps grâce au paysage.

    

 

 

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14h35 : J’arrive sur la Fouly. Le public est venu en nombre et il règne une ambiance de folie. Ca remet un peu de baume au cœur. Juste avant le ravito je me ferais même accompagner par 5 spectatrices Suisses, fort charmantes au demeurant. Des hystériques. J’ai l’impression d’être une Rockstar et quelles vont finir par me dessaper. De loin j’aperçois Timéo mais également un jet d’eau. J’en profite donc pour faire un concours de tee-shirt mouillé et me rafraichir par la même occasion.

   

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Je ressorts du ravito avec 42km et 2800m+ dans la besace et toujours 64ème. A la sortie je retrouve Timéo et mon père qui m’accompagneront pendant quelques dizaines de mètres afin d’avoir quelques nouvelles. Je leur raconte mes déboires avant de me remobiliser pour la suite et tenté d’oublier l’abandon.

La suite jusqu’au prochain point de passage jugé à Champex est une longue descente avec le thermomètre qui monte encore, avant de prendre une petite bosse de 5km et 450m+. Nous traversons quelques petites communes où avec plaisir je plongerais la tête dans leurs fontaines histoire de rafraîchir le moteur.

Avant d’attaquer la bosse précédant Champex je croise la route de la famille. D’ici une petite heure on se retrouvera au ravito, le premier où ils pourront m’apporter leur aide. Je reviens de temps en temps sur des coureurs. Aucun français. Impossible d’échanger quelques mots. Le seul ou plutôt la seule avec qui j’échangerais quelques mots sera une espagnole sur qui je serais revenu. Impossible de comprendre quoi que ce soit. Du coup on se prend un petit fou rire. Ça c’est universel et international.

    

   

16h15 : Après 7h15 de course et 56km pour 3370m+ me voilà arrivé à Champex-Lac. J’approche de la tente ravito et Timéo est là pour me réceptionné et m’emmener à ma table ravito où m’attend mon père.

Sur la table tout y est. Pendant que mon père me refait le plein de mes flasks je m’enfile un coca bien frais. Le goût du coca est quelques peux particulier je dois dire. Il faut dire que j’ai plus l’habitude de le mélanger à du rhum. Et même sans rhum j’avoue que ça passe plutôt pas mal. J’essaye de manger un peu également.

Une fois les pleins fais je décide de ne pas trop m’attarder ici. Florian Racinet vient de repartir tout comme Romuald DePaepe et quelques coureurs étrangers.

Je repars à la 53ème place en recevant les encouragements du public. C’est un peu ambiance Tour de France.

Je longe le lac pendant quelques temps avant de reprendre une piste forestière descendante. Mais dès que la pente s’élève un gros coup de mou se fait ressentir. Une baisse de régime certainement dû à une hypoglycémie. Je prends mon mal en patience mais ça a du mal à revenir. Si bien que je vois revenir sur moi quelques coureurs. Je suis mal, on peut le dire. Ma boisson ne passe pas la trouvant trop sucré et pas un ruisseau à l’horizon pour la diluer.

Nous approchons de Bovine et je scrute l’horizon afin de trouver un peu d’eau. Je m’arrête pour satisfaire une envie pressante, et je remarque que mes urines sont bien brunes. Et oui, du coup j’en ai oublié de m’hydrater…

De loin j’aperçois un abreuvoir à vache. Je passe sous la clôture électrique et file remplir mes flasks. Une fois la chose faite je repasse sous la clôture mais je fais une erreur monumentale. Je coince mon sac avec le fil. Du coup je me sens pris au piège. Je suis pris de spasmes musculaires toutes les 2 secondes. Sans parler des crampes qui viennent accompagner le tout. Une vraie comédie à moi tout seul…

Bref, au bout de 2 ou 3 décharges électriques j’arrive à enlever mon sac et à repartir une fois décontracté.

La fin de l’ascension est à nouveau un calvaire. Une fois en haut j’entame ma descente vers Trient en passant tout d’abord par la Giète où je passerais à la 42ème place.

18h50 : J’arrive à Trient. 9h50 de course et 72km et 4200m+ d’avalés. Je passe à la 41ème place.

Je retrouve au ravito mon père et mon fiston. Je raconte un peu mes déboires une nouvelle fois tout en prenant mon temps pour manger un petit bout et boire un coup. De toute façon je ne suis plus à ça près. Le mal est déjà fait et le simple fait de voir la ligne d’arrivée me satisfait maintenant.

Sur place je retrouve également quelques coureurs que je connais bien. Dont Jean-Marc venu faire l’assistance pour Pierre. Après quelques minutes de papotage je repars cette fois à l’assaut de Catogne.

Je sais qu’après cette bosse il ne m’en restera plus qu’une avant de descendre sur Chamonix.

Ça sent la fin. D’ailleurs le soleil commence sa descente et l’air devient plus frais.

Le début de cette ascension s’annonce bien. J’arrive à prendre un bon rythme.

Les portions devant moi sont assez roulantes puis deviennent plus marquées par la suite. Et plus la pente s’affirme et plus j’ai du mal à progresser.

Le coup de chaud du début de course a laissé des traces et maintenant je paye la note, cash.

2 espagnoles me reviennent dessus et tentent de m’encourager afin de pouvoir les suivre. Mais je n’y arrive pas.

J’arrive vers le sommet et j’aperçois la silhouette d’une tente. J’en déduis que j’arrive au point de passage à Catogne. Les bénévoles sont là et j’en profite à nouveau pour faire le plein des bidons avant la descente.

Il est 20h00 quand je m’élance dans la descente, en direction de Vallorcine. Je passe au point de contrôle à la 41 ème place.

Le début de la descente est rapide mais rapidement nous entrons en sous-bois avec des passages rocheux à négocier. L’obscurité arrivant je décide de sortir la frontale afin d’éviter un nouveau drame.

J’arrive sur Vallorcine à 20h45 soit 11h45 de course et 82,5km pour 5155m+ dans la musette. Je suis toujours 41 ème. Même si à ce moment de la course ce n’est qu’anecdotique pour moi. Les 2 espagnoles sont là. Je retrouve la famille tout en faisant les niveaux. Je quitte le ravito en laissant derrière moi les 2 espinguouints.

La frontale est maintenant obligatoire. Il fait noir dehors et c’est une autre course qui commence. Il me reste plus qu’un sommet à franchir et ce sera la dernière ligne droite vers l’arrivée.

Sur cette partie les jambes déroulent bien. Je suis dans une partie roulante et j’ai l’impression que la fin de course va être très bonne. Mais ceci n’est qu’une impression…

Pour autant je ne m’affole pas trop. Bien m’en a pris.

La partie jusqu’au col des Montets passe très bien. J’aperçois les frontales devant moi, telles des lucioles, zigzagant dans la montée vers la Tête aux Vents.

En franchissant le col des Montets je vois pour la dernière fois Timéo et mon père jusqu’à la fin de course. Les spectateurs sont eux aussi venus nous encourager.

Le pied de la dernière ascension se passe bien. Mais rapidement je dois me résigner. Dès que la pente devient une nouvelle fois raide et technique je n’ai plus de force. Je n’arrive pas à relancer. Je fais donc avec les moyens du bord. Et ils ne sont pas nombreux.

Du coup 1 japonais me revient dessus. Alors j’en profite pour admirer la petite ribambelle de frontale au loin. Petite, car à ce moment de la course nous sommes pas mal éparpillés.

L’ascension se fait longue. Je prends un gel histoire de me donner un petit coup de pied au cul artificielle. Mais il aura l’effet inverse. Je suis pris de maux de ventre. J’essaye de boire mais rien ne passe correctement. Je continue ma progression tant bien que mal mais dedans la lessiveuse s’est mise en route. Si bien qu’un peu avant le sommet je décide de me ranger sur le bas-côté et de me mettre les doigts dans la bouche à défaut de me les sortir du cul…

Pendant ce petit arrêt au stand vomito, les 2 espagnoles reviennent sur moi et prennent le large.

Je reprends ma route et après avoir négocié quelques dalles rocheuses j’arrive au niveau de la Tête aux Vents.

J’ai à ce moment dans les cannes quelques 90km et 6000m+. Et après 13h30 de course je suis 40 ème. Il est 22h30 et dans ma tête je me dis que ce sera mon dernier ultra.

S’ensuit une courte descente technique et une petite remontée pour arriver à la Flégère. Et sur cette petite partie et après avoir laissé mon 4h sur le bas-côté je reviens de nouveau sur mes amis espagnols. Et oui, à cette heure-ci et après tant de temps à se courir après on devient vite intime.

23h00 : La Flégère ! 2 minutes d’arrêt ! Ou pas… J’arrive quelques secondes après eux. Je prends juste le temps de remplir une flask et décide de ne pas m’attarder plus longtemps ici. Je compte bien en finir rapidement. Enfin tout est relatif quand je dis rapidement.

Nous en sommes à 94km et 6050m+. Et après un petit calcul de près de 5’ je me rends compte qu’il ne me reste plus que 7km de descente à avaler. Et oui, 101km-94=7. Facile mais à ce moment de la course j’ai du mal à compter sur mes doigts…

Je négocie donc la dernière descente de cette CCC 2016. Et vue que je n’ai pas pu faire la course que je voulais les jambes ne sont pas trop entamées. Alors la descente se passe plutôt bien.

Je commence à apercevoir les premières maisons et me dis donc que je ne suis plus très loin. Puis viens jusqu’à moi la douce voie de mon chère Ludo, speaker sur l’événement UTMB. Enfin douce… A ce moment de la course même la voie de Joey Star ou de Dark Vador nous semblerait suave…

Les spectateurs sont là et je manque par 2 fois de me tromper de chemin emporté par le flot de ces badots.

En passant au détour d’un virage je fais une hallucination. Je crois voir une jeune fille tout habillé de Skin (les vêtements de compression) et aux rondeurs à faire rougir blanche neige. Mis il n’en est rien. Il s’agit juste de mon Team Manager, Greg, venu nous faire une surprise. Du coup je me dis que finalement je ne vais pas si mal. Je l’ai reconnu. On discute sur ces derniers hectomètres.

Puis vient la dernière ligne droite. Les spectateurs tendent leurs mains et c’est en tapant dedans que je les remercie pour leurs encouragements reçu durant toute la course. Des encouragements qui ont étés les bienvenues. Qui ont faits chaud au cœur dans les moments difficiles. Et il y en a eu beaucoup aujourd’hui. Mais cette ambiance Tour de France fait son effet.

Je cherche des yeux Timéo pour finir ce voyage avec lui, mais je ne le vois qu’au dernier moment au milieu du flot de spectateur.

    

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23h45 : Après 14h44’24’’ de course, je boucle cette CCC et ses 101km pour 6100m+ de course et finis à la 38ème place et 12ème français.

    

 

    

Heureux d’être finisher après avoir passé de gros coups durs pendant la course. Heureux de voir Ludo et d’être salué par la foule. Heureux de passer sous cette arche d’arrivée emblématique. Heureux de retrouver la famille et Greg. Mais avec un goût quand même bien amer en bouche. J’aime l’amertume mais lorsque qu’il s’agit de bière et en particulier de trappistes. Mais là c’est tout autre chose.

    

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Certains tenteront tant bien que mal de me dire que 38ème sur les 2100 partant c’est plutôt pas mal surtout avec le niveau présent sur la ligne de départ. Que de passer sous la barre des 15 heures sur la CCC est soi-disant monstrueux. Mais je suis loin de mon objectif initialement prévu et qui était faisable. Alors je l’ai en travers de la gorge. Mais avec des si… Mais ce qui me dérange le plus c’est de ne pas avoir pu prendre plus de plaisir durant la course.

Pour moi il s’agit de mon dernier ultra. J’ai souffert une nouvelle fois et le plaisir n’a été que de courte durée (*).

Cette fête a été ternie par mes faits de course. Mais je n’ai pas été le seul apparemment. Les dégâts sont là. Mais c’est la course et les conditions sont les mêmes pour tout le monde.

Et même si j’en ai gros sur la patate, on ressorts de ce genre de course un peu plus grandi.

Pour ma part c’était le plus gros format auquel j’ai pu prendre le départ. Et je ne me vois pas partir sur de plus long voyage (*et oui, encore…).

Après avoir récupéré ma veste finisher écologique, car fabriquée avec de vieux sacs poubelles, nous faisons retour sur la maison.

Le lendemain matin les jambes sont un peu raides mais je pensais que cela aurait été pire. Par contre je redoute le surlendemain. Et bizarrement presque plus de douleurs musculaire. 3 jours après j’aurai pu recourir. C’est l’effet ‘’je rate ma course et je fais tout en dedans’’. Le seul point positif de la chose.

Malgré ce sentiment négatif je repars avec quelques bons souvenirs en tête. Un parcours magique, même si à partir du 30ème km l’électricité et le gaz furent coupés… Une ambiance démente aux bords des routes et des sentiers. On aurait presque l’impression d’être une rockstar tant les filles se jettent sur vous comme des mouches sur un beau caca fait dans les bois. A moins que finalement j’ai eu des hallucinations. Un beau moment partagé en famille et amis également. N’est-ce pas le plus important ?

Je remercie tout particulièrement mon père et Timéo pour une nouvelle fois un suivi aux petits oignons. Greg pour les encouragements sur cette fin de course et Terre de Running pour le soutien matériel. Jean-Marc et les autres coureurs de l’UAC présents pour leurs encouragements. Ainsi que tous ceux qui m’ont suivi de près ou de loin, sur internet avec le live et sur le direct retransmit sur UTMB TV.


(*) Le lendemain de la CCC je me posais déjà quelques questions.

2 jours après j’en été sûr.

3 jours après je lorgnais sur certaines courses.

1 semaine après mon planning course était fait…

Finalement ce ne sera pas mon dernier. Et je risque de me faire tirer les oreilles. J’entends déjà ma mère gueuler d’ici.

Mais profitons de la vie raisonnablement certes, mais profitons à fond! Vivons nos rêves ! Ce sont des images qui seront à jamais gravées dans nos têtes. Et ça vaut toutes les photos de magazines du monde.

     

 

 

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3 réactions sur “CCC 2016: retour sur une longue journée

  1. Je suis régalé avec ton récit plein de poésie 🙂
    Les années se suivent mais ne se ressemblent pas forcément. L’année prochaine sera probablement une très belle année Trail avec sûrement un bel Ultra dans de meilleures conditions. En tout cas tu as tout ce qu’il faut pour le réussir et tout ça dans le plaisir.
    Et tu sais quoi ? Tu m’as donné envie d’écrire le mien, celui de l’OCC, course pour laquelle moi aussi je garde un goût amer.

  2. Au moins un gros point positif toi tu peut dire: Je l’ai fait. Beaucoup voudraient pouvoir le faire et surtout que finir 38éme c’est déjà pas mal même si l’objectif était de faire mieux ça fait une bonne expérience pour la suite qui je suis sur aura des jours meilleurs. En tout cas nous on est prêts pour de prochaines aventures. Bizz

    • Effectivement. Le but premier d’un ultra et de le terminer.
      Après les conditions de course et la gestion font que cela se passe bien ou pas. C’est le jeu. Et si l’on ne l’accepte pas on se tourne vers des dista’ces plus courtes.
      Perso je l’accepte. Tant pis si je passe parfois à travers.
      😉

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